Expédition du Canyon de Chelly – janvier 1864

Contexte :

Christopher « Kit » Carson (1808-1868) alors colonel, est chargé par le James H. Carleton (1814-1873) de poursuivre les Navajos pour les déporter à Bosque Redondo (Fort Sumner).

Carson avait remis sa démission en apprenant les projets de Carleton, mais le général la rejeta.

Le message qu’il devait remettre aux Navajos était :

« Vous nous avez trop souvent déçus, vous avez volé et tué notre peuple depuis trop longtemps, pour que nous puissions encore vous confier votre propre pays. Cette guerre contre vous sera poursuivie, dut-elle durer des années, jusqu’à ce que vous ayez cessé d’exister ou que vous soyez partis. Il n’y aura plus aucune discussion à ce sujet »

6 janvier 1864

Kit Carson quitte Fort Canby (anciennement Fort Defiance) avec environ 400 hommes. Le temps est exécrable : de la neige profonde et un froid polaire ralentissent la progression.

Du 8 au 11 janvier :

La troupe progresse péniblement vers l’ouest. Carson divise ses forces. Il envoie un détachement sous les ordres du capitaine Albert Pfeiffer (1822-1881) pour entrer dans le canyon par l’est (l’entrée supérieure), tandis que lui-même se dirige vers l’entrée ouest (l’embouchure).

12 janvier :

Carson arrive à l’entrée ouest du Canyon de Chelly. Il commence à patrouiller sur les rebords du canyon pour empêcher toute fuite. Les Navajos, affamés et gelés, observent les troupes depuis les hauteurs et les parois escarpées.

13 janvier :

Le capitaine Pfeiffer entame sa traversée du canyon depuis l’est. Ses hommes marchent sur le lit gelé de la rivière pendant que les Navajos les harcèlent depuis les sommets des falaises en jetant des pierres et en tirant quelques flèches. Mais la neige et le froid paralysent les défenseurs.

14 janvier :

La jonction est faite. Pfeiffer ressort à l’autre bout du canyon et rejoint Carson. Bien que les combats directs soient rares, l’impact psychologique est total : le sanctuaire imprenable des Navajos a été violé.

15 janvier :

Carson ordonne la destruction systématique des ressources. Ses troupes abattent plus de 3 000 pêchers (une ressource vitale pour les Navajos) et brûlent les stocks de maïs et les habitations (hogans).

Les premiers chefs de clan se présentent depuis la vieille pour tenter de négocier mais Carson est catégorique : il n’y aura pas de traité de paix sur place. La seule option est la reddition inconditionnelle et le transfert vers Bosque Redondo.

16 janvier :

Environ 60 Navajos, poussés par la famine et l’épuisement, commencent à se rendre. Carson leur donne des rations et leur ordonne d’informer les autres groupes cachés dans les falaises que ceux qui se rendront seront nourris, tandis que les autres seront traqués.

21 janvier :

Carson quitte le Canyon de Chelly pour retourner à Fort Canby. À ce moment-là, il ramène avec lui environ 100 prisonniers. Cependant, le « travail » est fait : en détruisant les vergers et les stocks de nourriture, il a condamné ceux qui restaient à la famine.

Fin janvier – Février 1864 :

L’effet domino se produit. Des centaines, puis des milliers de Navajos, affaiblis par un hiver particulièrement rigoureux et n’ayant plus de quoi manger, sortent des montagnes et du canyon pour se rendre à Fort Canby.

Fin février, 2500 Navajos sont regroupés à Fort Candy. Ce nombre montera à plus de 8000 dans le courant de l’année.

Certains chefs emblématiques, comme Manuelito (1818-1894), ont refusé de se rendre immédiatement et ont continué de se cacher dans les montagnes environnantes avant d’être contraints à la reddition par l’épuisement.

En 1868, le traité de Bosque Redondo permettra aux Navajos de rejoindre une réserve sur le territoire des Quatre Montagnes Sacrés.