Note : Beaucoup d’événements n’ont été pas enregistrés à une date très précise quand ils ne viennent pas de transmission orale. Certains autres se sont déroulés sur des périodes plus ou moins longues. La liste ci-dessous n’est bien sûr pas exhaustive.
1861 :
Le président James Buchanan signe l’acte créant le Territoire du Dakota, une vaste entité administrative couvrant alors la majeure partie des actuels Dakota du Nord et du Sud, ainsi que des portions du Montana et du Wyoming. Cette décision place officiellement sous juridiction fédérale des terres encore largement occupées par les Dakota, Lakota et Nakota, malgré les garanties territoriales issues de traités antérieurs. L’organisation territoriale facilite l’arrivée de colons, l’installation d’administrations et la construction de forts, ouvrant la voie à une colonisation massive après la guerre de Sécession. Pour les nations sioux, cet acte marque le début d’une pression accrue sur leurs terres et annonce les guerres des Plaines des années 1860‑1870, culminant avec les grands conflits contre les Lakotas.
1867 :
Le gouvernement fédéral adopte un acte autorisant l’achat d’une réserve d’environ 4,5 miles carrés destinée aux Sauk et Fox, dans l’Indian Territory. Cette mesure s’inscrit dans une série de traités conclus en février 1867, par lesquels les Sauk et Fox cèdent leurs terres restantes du Missouri et de l’Iowa. L’acte prévoit que la nouvelle réserve soit choisie par une commission fédérale, accompagnée de représentants autochtones. Cette relocalisation marque une étape supplémentaire dans les déplacements successifs imposés aux deux nations depuis les années 1830. Elle contribue à leur installation définitive dans ce qui deviendra l’Oklahoma, dans un contexte de réduction continue des territoires autochtones.
1893 :
Le Congrès approuve un amendement à la législation indienne qui ratifie la cession d’une partie des terres de la nation Pawnee dans l’Oklahoma. Cette mesure s’inscrit dans la logique de la loi Dawes (1887), qui impose l’allotissement individuel et transforme les terres tribales collectives en parcelles privées. Une fois les lots distribués, toutes les terres non attribuées sont déclarées « surplus » et deviennent disponibles pour la colonisation blanche. L’accord pawnee, transmis au Sénat en janvier 1893, est officiellement validé par cet amendement, ouvrant la voie à l’appropriation de leurs terres par les colons. Quelques mois plus tard, une proclamation présidentielle ouvre effectivement ces terres à l’installation non autochtone. L’amendement contribue ainsi à la désintégration du territoire pawnee et à l’accélération de la colonisation de l’Oklahoma.
1899 :
Le President William McKinley crée le Parc National du Mont Rainier. Pour les nations Puyallup, Yakama et Nisqually, les droits de chasse, de cueillette et l’accès à leurs sites spirituels sur la montagne (qu’ils appellent Tahoma) sont désormais restreints par l’administration fédérale.
1899 :
Le Congrès adopte un code pénal et civil pour le district de l’Alaska, qui remplace les règles provisoires appliquées depuis l’Organic Act de 1884. Ce nouveau cadre juridique impose un système judiciaire entièrement américain dans un territoire encore majoritairement habité par les Inupiats et les Yupiks. Il unifie le droit pénal, la procédure criminelle, le droit civil et l’organisation politique, renforçant le pouvoir des juges et des marshals fédéraux. En ne reconnaissant pas les droits coutumiers de chasse, de pêche et de gestion collective des ressources, il criminalise de nombreuses pratiques traditionnelles. Cette loi marque un tournant dans la colonisation administrative de l’Alaska et ouvre des décennies de conflits juridiques sur la souveraineté des ressources arctiques. Elle constitue l’un des fondements de l’emprise fédérale sur les peuples autochtones du Nord.
1917 :
La loi Jones‑Shafroth accorde la citoyenneté américaine aux habitants de Porto Rico et redéfinit entièrement le statut politique de l’île. Elle remplace le Foraker Act de 1900, instaure un Bill of Rights, crée un Sénat élu et réorganise l’administration locale, tout en maintenant Porto Rico comme territoire « non incorporé », donc soumis aux États‑Unis sans bénéficier des mêmes droits qu’un État. Pour les descendants des Taïnos, que les recensements coloniaux déclaraient à tort « éteints », cette loi marque une étape décisive dans l’assimilation forcée : elle impose un cadre juridique, scolaire et politique américain qui efface les identités autochtones spécifiques. La citoyenneté devient un outil d’intégration impériale, diluant les héritages culturels indigènes déjà fragilisés par des siècles de colonisation espagnole. Cette loi joue un rôle central dans l’histoire coloniale de Porto Rico et dans les débats contemporains sur son statut politique.
Photo : Pi’-ta. Ha-wi’-da-at, Pawnee Chief, 1858–1859 – The J. Paul Getty Museum, Los Angeles