Note : Beaucoup d’événements n’ont été pas enregistrés à une date très précise quand ils ne viennent pas de transmission orale. Certains autres se sont déroulés sur des périodes plus ou moins longues. La liste ci-dessous n’est bien sûr pas exhaustive.
1496 :
Le roi Henri VII d’Angleterre accorde à Jean Cabot des lettres patentes l’autorisant à « découvrir et posséder » toutes terres non connues des chrétiens. Ce document fait de Cabot un agent officiel de l’expansion anglaise et marque le début de l’implication britannique en Amérique du Nord. Ses voyages ouvriront la voie aux revendications anglaises sur Terre‑Neuve, le Labrador et l’Arctique, entraînant l’arrivée massive de pêcheurs européens et la future colonisation de la côte est. Pour les Béothuks, Innu et Inuit, ces explorations inaugurent des siècles de perturbations territoriales et de contacts forcés.
1535 :
L’expédition de Diego de Almagro progresse vers le sud depuis le Pérou, marquant les premiers contacts violents entre Espagnols et peuples mapuches. Almagro mène une immense colonne de soldats et d’auxiliaires autochtones à travers l’Altiplano et l’Atacama, cherchant à atteindre les terres du Chili. À leur arrivée dans les vallées du nord chilien, les Espagnols exigent nourriture et main‑d’œuvre, provoquant les premiers affrontements, notamment près du fleuve Itata. Ces combats révèlent la résistance déterminée des Mapuches, qui mèneront ensuite la Guerre d’Arauco, l’une des plus longues résistances autochtones contre la colonisation espagnole. L’expédition d’Almagro, coûteuse et infructueuse, ouvre ainsi un cycle de conflits durables dans le sud du continent.
1541 :
Dans le cadre de la guerre de Tiguex, les troupes de Francisco Vázquez de Coronado intensifient le siège du Pueblo de Moho, l’un des villages tiwa qui résistent le plus fermement à l’occupation espagnole. Le conflit naît des exigences excessives des Espagnols en nourriture, vêtements et abris, ainsi que des violences commises contre les habitants. Incapables de prendre Moho d’assaut, les Espagnols imposent un blocus qui affame la population. À la fin du mois de mars, la tentative de fuite des habitants se solde par un massacre, et les survivants sont réduits en esclavage. Cet épisode est l’un des plus violents de la première colonisation espagnole du Sud‑Ouest et marque durablement la mémoire des peuples puebloans.
1825 :
Dans le cadre de l’expansion vers l’Ouest, les États-Unis finalisent des accords avec la nation Osage (dans l’actuel Missouri et Kansas). Ces traités visaient à réduire leur territoire pour installer d’autres tribus déplacées de l’Est, un processus de « domino » qui a profondément déstabilisé les structures sociales des Plaines.
1831 :
La Cour suprême refuse d’entendre la plainte de la Nation cherokee contre l’État de Géorgie, estimant que les Cherokees ne sont pas un “État étranger”, et que la Cour n’a donc pas juridiction. Toutefois, le juge en chef John Marshall affirme que les Cherokees forment une “nation domestique dépendante”, une communauté politique distincte, capable de se gouverner elle‑même et de gérer ses affaires internes. Cette décision intervient alors que la Géorgie tente d’imposer ses lois sur le territoire cherokee et que l’Indian Removal Act (1830) prépare la déportation des nations du Sud‑Est. En refusant d’intervenir, la Cour laisse les Cherokees sans protection judiciaire, ouvrant la voie aux politiques qui mèneront au Trail of Tears quelques années plus tard.
1861 :
Au début de la guerre de Sécession, la Confédération sudiste nomme Albert Pike pour conclure des traités avec les nations autochtones du Territoire indien. L’objectif est de rallier les Cinq Nations (Cherokee, Choctaw, Chickasaw, Creek, Seminole) à la cause sudiste et de créer une confédération autochtone alliée, parfois appelée « United Nations of the Indian Territory ». Pike promet protection militaire, respect des gouvernements autochtones et fournitures, ce qui convainc plusieurs nations de s’allier au Sud. Cette alliance reste fragile : la Confédération manque de ressources et ne tient pas ses engagements. Après la guerre, les nations autochtones sont punies par les États‑Unis pour avoir traité avec le Sud et doivent accepter des traités défavorables, ouvrant la voie à une nouvelle vague de perte de terres et d’autonomie.
1864 :
Arrivée au Fort Sumner (Bosque Redondo) des premiers grands groupes de Navajos (Diné), après une marche forcée de plus de 500 km imposée par l’armée américaine. Cette déportation fait suite à la campagne de destruction menée par le général Carleton et Kit Carson, qui ont brûlé les villages, détruit les cultures et abattu les troupeaux navajos. Les survivants, affamés et épuisés, sont contraints de marcher dans le froid hivernal, et beaucoup meurent en route. À Bosque Redondo, ils découvrent un camp d’internement aux terres stériles, aux rations insuffisantes et aux maladies endémiques. L’arrivée de mars 1864 ouvre quatre années d’exil et de souffrance, un traumatisme fondateur dans la mémoire diné.
1891 :
La ville de Phoenix, en Arizona territorial, propose une prime de 200 $ pour chaque Autochtone tué, dans un contexte de tensions persistantes entre colons et nations autochtones de la région (notamment Apaches, Yavapais, Pimas et Maricopas). Cette récompense s’inscrit dans une période où certaines municipalités de l’Ouest encouragent encore la violence extra‑judiciaire contre les peuples autochtones. L’annonce reflète le climat raciste et colonial de l’époque, alors même que Phoenix ouvre cette année‑là une école fédérale destinée à assimiler les enfants autochtones. L’épisode illustre la manière dont les autorités locales participent à la violence systémique contre les peuples autochtones, considérés comme des cibles légitimes plutôt que comme des communautés souveraines.
* Photo : Elias A. Bonine, Isaiah West Taber, Pimos Indians, Arizona, ca. 1875, albumen silver print, sheet and image: 5 x 7 3/8 in. (12.7 x 28.7 cm.), Smithsonian American Art Museum, Museum purchase from the Charles Isaacs Collection made possible in part by the Luisita L. and Franz H. Denghausen Endowment, 1994.91.29