Note : Beaucoup d’événements n’ont été pas enregistrés à une date très précise quand ils ne viennent pas de transmission orale. Certains autres se sont déroulés sur des périodes plus ou moins longues. La liste ci-dessous n’est bien sûr pas exhaustive.
1827 :
L’administration du Haut‑Canada commence à formaliser son soutien aux écoles missionnaires destinées aux Mississaugas et aux Six Nations, dans le cadre d’une politique visant à « civiliser » les peuples autochtones par l’éducation chrétienne et l’anglicisation. Ces rapports encouragent le financement public des écoles méthodistes, qui deviennent des outils d’assimilation culturelle. Bien que certaines écoles des années 1820 offrent encore un enseignement bilingue et impliquent des enseignants autochtones, ce soutien gouvernemental marque le début d’une centralisation coloniale de l’éducation autochtone. Cette orientation prépare directement la mise en place des pensionnats pour Autochtones, dont l’objectif sera d’effacer les langues et cultures autochtones au profit des normes euro‑canadiennes. Ce moment administratif de 1827 constitue ainsi une étape clé dans la construction des politiques d’assimilation qui domineront tout le XIXᵉ siècle.
1862 :
Les États‑Unis concluent un traité avec les Kansa (Kaw) dans un contexte de forte pression coloniale. L’accord vise surtout à régler la présence de colons installés illégalement sur la « diminished reserve » kansa. Il prévoit que la valeur des « améliorations » réalisées par ces colons entre 1856 et 1859 soit évaluée, puis remboursée au moyen de certificats d’endettement émis… par la tribu elle‑même. Le traité étend ainsi les compensations déjà prévues en 1859 et légitime la présence de squatters dont les installations n’étaient pourtant pas légales. Cette mesure accélère la spoliation territoriale des Kansa, qui seront finalement déplacés vers l’Oklahoma en 1873.
1864 :
L’arrivée du deuxième groupe navajo à Fort Sumner marque l’une des étapes les plus marquantes du Long Walk, la déportation et marche forcée imposée par l’armée américaine. Selon les sources historiques, le Long Walk fut une série de déplacements contraints entre 1864 et 1866, durant lesquels des milliers de Navajos furent forcés de parcourir jusqu’à 450 miles vers le camp de Bosque Redondo, dans l’est du Nouveau‑Mexique. Jusqu’à 3 500 personnes moururent de faim, de maladie ou d’épuisement pendant la marche et l’internement.
Le groupe arrivé le 13 mars compte1 430 personnes au départ ; 13 d’entre elles sont mortes ou ont enlevées en route. Ces survivants arrivent dans un état d’extrême faiblesse, après des semaines de marche sous la surveillance militaire. Le camp de Bosque Redondo, mal approvisionné et insalubre, fonctionne comme un internement où les Navajos sont privés de liberté et soumis à des conditions de vie dramatiques.
Cet épisode est aujourd’hui considéré comme un acte de déportation et de nettoyage ethnique, et constitue un traumatisme fondateur dans la mémoire navajo. Le retour sur une partie de leur territoire ancestral ne sera possible qu’en 1868, avec le traité de Bosque Redondo
1865 :
La Confédération adopte une loi autorisant l’enrôlement de soldats non‑blancs, principalement des hommes noirs réduits en esclavage. Cette mesure, votée moins d’un mois avant la chute de Richmond, reflète l’extrême désespoir militaire du Sud. La loi permet de former seulement deux compagnies expérimentales d’hommes noirs, car les dirigeants confédérés refusent encore de constituer des régiments complets et n’accordent pas automatiquement la liberté aux enrôlés. Le texte précise même que leur statut d’esclave ne change pas sans le consentement du propriétaire. Jefferson Davis contournera cette limite en ordonnant la manumission des soldats le 23 mars.
Pour les nations autochtones alliées au Sud (Cherokees, Choctaws, Creeks, etc.), cette loi marque un tournant symbolique : elle montre que la Confédération est au bord de l’effondrement et remet en cause les justifications raciales qui avaient servi à sceller certaines alliances. Elle affecte aussi les combattants autochtones pro‑Confédération, qui voient apparaître ces nouvelles unités dans les toutes dernières semaines de la guerre.
1875 :
Washington multiplie les ajustements administratifs pour redéfinir les limites des réserves dans le Dakota et le Montana, au moment où la ruée vers l’or dans les Black Hills attire des milliers de mineurs en violation du traité de Fort Laramie (1868). Quelques jours plus tard, le 16 mars 1875, un ordre exécutif de Grant modifie officiellement la réserve de Standing Rock, en étendant sa limite nord jusqu’à la Cannon Ball River. Ces révisions territoriales, faites sans le consentement des Sioux, préparent la réduction future de la Grande Réserve Sioux et facilitent l’accès des colons et prospecteurs aux terres convoitées. Dans le même mouvement, d’autres ajustements touchent les territoires crows en 1875, comme l’extension de leur réserve en octobre. Ces décisions contribuent directement à la montée des tensions qui mèneront à la Grande Guerre Sioux de 1876, déclenchée par la défense des Black Hills, territoire sacré et menacé par l’exploitation minière
1883 :
Le gouvernement de Porfirio Díaz accorde des concessions ferroviaires permettant d’étendre le rail à travers le Sonora, dans un contexte où des compagnies américaines comme le Ferrocarril de Sonora construisent déjà la ligne Guaymas–Nogales (1880–1882) . Cette expansion vise à intégrer le nord du Mexique à un réseau économique binational et à ouvrir la région aux capitaux étrangers. Le rail devient un outil de dépossession territoriale, facilitant l’arrivée de troupes et le morcellement des terres yaquies au profit d’investisseurs. Pour les Yaquis, ces concessions marquent une nouvelle phase de la Guerre des Yaquis, car l’infrastructure ferroviaire permet à l’armée de pénétrer plus profondément dans leurs villages et d’accélérer les déplacements forcés. L’extension du réseau, soutenue par des intérêts américains et par la politique modernisatrice du Porfiriat, transforme le Sonora en corridor stratégique et intensifie la résistance autochtone.
1912 :
Les révélations de Roger Casement sur les atrocités commises dans le Putumayo par la Peruvian Amazon Company commencent à provoquer une réaction diplomatique internationale, notamment en Europe et aux États‑Unis. Casement, envoyé par le gouvernement britannique, avait confirmé l’existence d’un système d’esclavage, de tortures et de massacres visant les peuples Huitoto, Bora et Ocaina, exploités pour la collecte du caoutchouc . Ses rapports, intégrés au Blue Book britannique publié en 1912, déclenchent la création d’un comitéparlementaire d’enquête à Londres et attirent l’attention de plusieurs gouvernements, dont celui des États‑Unis, qui lancent leurs propres investigations. Les discussions diplomatiques qui s’intensifient autour du 13 mars marquent le début d’une pression internationale coordonnée pour contraindre le Pérou à agir. Malgré cette mobilisation, la plupart des communautés autochtones du Putumayo avaient déjà été décimées ou dispersées lorsque les enquêtes aboutissent.
* Photo : le paradis du diable, voyages dans la région amazonienne péruvienne et récit des atrocités commises contre les Indiens de cette région – 1913 – Walter Ernest Hardenburg