Note : Beaucoup d’événements n’ont été pas enregistrés à une date très précise quand ils ne viennent pas de transmission orale. Certains autres se sont déroulés sur des périodes plus ou moins longues. La liste ci-dessous n’est bien sûr pas exhaustive.
1541 :
Les troupes de Francisco Vázquez de Coronado achèvent le siège du Pueblo de Moho, l’un des villages Tiwa engagés dans la résistance contre les abus espagnols durant la guerre de Tiguex. Depuis l’hiver 1540‑1541, les Espagnols avaient réquisitionné nourriture, vêtements et logements, provoquant un soulèvement généralisé des Pueblos. Moho, solidement fortifié, résiste plusieurs semaines aux assauts et au blocus. Affamés et épuisés, les défenseurs tentent finalement une sortie désespérée, mais sont interceptés et massacrés. L’épisode fait partie des premiers conflits majeurs entre Européens et Pueblos, marqué par des violences extrêmes, des centaines de morts et l’esclavage des survivants, illustrant la brutalité de la colonisation espagnole dans le Sud‑Ouest
1730 :
L’aventurier écossais Sir Alexander Cuming se rend à Keowee, l’une des principales villes cherokees, sans mandat officiel de la Couronne. Il y réunit environ 300 chefs et, grâce à une combinaison de cadeaux, de promesses et de pressions, obtient une déclaration d’allégeance au roi George II. Pour les Cherokees, ce geste relève surtout d’un rituel diplomatique visant à établir une alliance, et non d’une soumission politique. Cuming présente pourtant l’événement comme une reconnaissance de souveraineté britannique. Peu après, il emmène sept chefs cherokees en Angleterre, où ils participent à la signature d’un accord d’amitié et de commerce. Cet épisode marque le début d’une relation diplomatique anglo‑cherokee qui influencera les décennies suivantes.
1761 :
Dans l’après‑guerre de la Conquête, des officiers britanniques rencontrent les chefs des Sept Nations du Canada, une confédération autochtone établie le long du Saint‑Laurent et historiquement alliée à la Nouvelle‑France. Les Britanniques cherchent alors à stabiliser la région et à éviter que ces communautés — dont les Mohawks de Kahnawake et de Kanesatake, ainsi que les groupes d’Oswegatchie, Akwesasne, Odanak, Bécancour et Jeune‑Lorette — ne rejoignent une résistance autochtone ou ne basculent vers une autre puissance européenne. Lors de cette entrevue, ils réitèrent des promesses de protection des terres et de maintien du commerce, afin d’obtenir leur neutralité ou leur alliance. Cette rencontre contribue à poser les bases de la diplomatie autochtone sous la Couronne britannique et s’inscrit dans la continuité du rôle politique important joué par ces communautés dans la région.
1821 :
L’explorateur britannique John Franklin traverse les territoires Dene et Inuit lors de sa première expédition terrestre vers l’Arctique. Ses journaux de bord soulignent l’importance vitale des guides autochtones, dont le savoir-faire en chasse, en orientation et en construction d’abris permet au groupe de survivre dans un environnement polaire extrêmement hostile. L’expédition, affaiblie par une logistique défaillante et un manque chronique de nourriture, dépend largement de ces connaissances locales pour progresser. Les Dene, notamment les Yellowknives, fournissent chasseurs, interprètes et soutien matériel, tandis que les Inuits transmettent des techniques adaptées à la glace et au littoral arctique. Sans cette expertise autochtone, l’expédition, déjà marquée par la faim et les pertes humaines, n’aurait probablement pas survécu. Cet épisode illustre la dépendance réelle des explorateurs européens envers les peuples du Nord, souvent minimisée dans les récits officiels.
1858 :
Les tensions sont à leur comble dans le territoire de Washington entre les colons américains et les nations Yakama, Palouse et Spokane. Depuis 1855, les traités garantissant les terres autochtones ont été systématiquement violés par l’arrivée massive de chercheurs d’or, provoquant une série d’affrontements connus sous le nom de Yakima War. Les nations du Plateau, menées notamment par des chefs comme Kamiakin, organisent alors une résistance armée pour défendre leur souveraineté et leurs territoires. En mars 1858, l’armée américaine intensifie ses préparatifs militaires, mobilisant troupes et matériel en vue d’une campagne d’été destinée à écraser cette résistance. Ces préparatifs mèneront directement aux batailles de Four Lakes et Spokane Plains, qui marqueront un tournant brutal dans la domination coloniale du Nord‑Ouest.
1867 :
Le Sénat américain examine le traité signé le 18 février 1867 entre les États‑Unis et les nations Sacs et Fox, étape nécessaire avant sa ratification définitive. Ce traité prévoit la cession de toutes les terres restantes au Kansas, soit environ 157 000 acres, en échange d’un paiement d’un dollar par acre et du règlement des dettes contractées lors de traités antérieurs. En contrepartie, les Sacs et Fox doivent être déplacés vers une nouvelle réserve dans le Territoire Indien, futur Oklahoma, où les fonds issus de la vente de leurs terres doivent financer leur installation et leur subsistance. Cette procédure législative s’inscrit dans la politique américaine de déportation forcée des nations autochtones au XIXᵉ siècle, visant à libérer les terres du Kansas pour la colonisation. Elle marque une étape décisive dans la perte territoriale et l’exil imposé aux Sacs et Fox.
1889 :
Le président Benjamin Harrison signe la proclamation ouvrant les Unassigned Lands de l’Oklahoma à la colonisation non‑indienne. Cette décision prépare le célèbre Land Run du 22 avril 1889, lorsque près de 50 000 colons se précipiteront pour revendiquer des lots de 160 acres selon le Homestead Act. Les terres concernées avaient auparavant été attribuées aux nations autochtones, notamment Creek et Seminole, avant d’être reprises par le gouvernement fédéral. L’ouverture attire fermiers, spéculateurs et entrepreneurs, et des villes comme Oklahoma City surgissent en quelques heures. Cet épisode, porteur d’espoir pour les colons, représente aussi une nouvelle spoliation des territoires autochtones.
1904 :
Le gouvernement péruvien diffuse des décrets visant à organiser l’éducation dans les zones rurales andines, majoritairement quechua‑hablantes. Présentées comme des mesures de « modernisation », ces politiques s’inscrivent en réalité dans une longue tradition d’hispanisation scolaire, où l’école sert à imposer l’espagnol comme langue unique et à affaiblir les cultures autochtones. Les autorités cherchent à uniformiser la citoyenneté en interdisant ou marginalisant l’usage du quechua en classe, tout en dévalorisant les savoirs communautaires. Cette orientation prolonge les politiques d’assimilation du XIXᵉ siècle et renforce les hiérarchies sociales entre élites urbaines hispanophones et populations rurales autochtones. Les conséquences sont profondes : perte de langue, rupture culturelle et marginalisation durable des communautés quechuas.
* Photo : Dene du delta Mackenzie, photographe inconnu. Source: Assembly of First Nations