Note : Beaucoup d’événements n’ont été pas enregistrés à une date très précise quand ils ne viennent pas de transmission orale. Certains autres se sont déroulés sur des périodes plus ou moins longues. La liste ci-dessous n’est bien sûr pas exhaustive.
1540 :
L’expédition de Pedro de Valdivia avance vers le sud du Chili, pénétrant dans les territoires habités par les Mapuches. Ces premières rencontres prolongées sont marquées par la méfiance et des affrontements, les Espagnols cherchant à imposer leur domination sur une région qu’ils connaissent mal. Les Mapuches, organisés de manière décentralisée et très mobiles, opposent rapidement une résistance déterminée, refusant la soumission qui avait facilité la conquête dans d’autres régions d’Amérique du Sud. Les tensions et escarmouches de cette période posent les bases d’un cycle de résistance de plus de 300 ans, l’un des plus longs de l’histoire coloniale. Ces premiers contacts de mars 1540 annoncent ainsi une guerre prolongée qui marquera profondément l’histoire du Chili.
1549 :
Tomé de Sousa arrive dans la baie de Tous les Saints pour établir Salvador, première capitale du Brésil colonial. Envoyé comme premier gouverneur général, il doit centraliser une administration jusque‑là éclatée entre des capitaineries privées inefficaces. Avec des soldats, des colons et des missionnaires jésuites, il fonde une ville fortifiée destinée à devenir le centre politique, militaire et religieux de la colonie. Cette implantation marque un tournant pour les peuples Tupinambás, qui subissent dès lors esclavage, violences, déplacements forcés et épidémies.
1676 :
En pleine Guerre du Roi Philip, des guerriers Narragansetts et Wampanoags lancent une attaque contre la ville coloniale de Providence, dans l’actuel Rhode Island. Faiblement défendue, la ville est rapidement submergée et largement incendiée, y compris la maison de Roger Williams, son fondateur. Cette offensive survient à un moment où les nations autochtones, malgré des pertes sévères, mènent encore des raids efficaces contre les colonies anglaises. L’incendie de Providence marque l’un des points culminants du conflit, considéré comme l’un des plus meurtriers de l’histoire coloniale nord‑américaine rapporté à la population. Quelques mois plus tard, l’équilibre bascule : Metacom est tué en août 1676, entraînant l’effondrement de la résistance autochtone organisée en Nouvelle‑Angleterre.
1708:
En pleine Guerre de Succession d’Espagne, les autorités de Nouvelle‑France tiennent à Québec une série de conseils diplomatiques avec les Abénakis et d’autres nations de la Confédération Wabanaki. Ces rencontres visent à renforcer les alliances et à coordonner des opérations militaires contre les établissements britanniques de Nouvelle‑Angleterre. Les Français comptent sur la maîtrise du terrain, la mobilité et les tactiques de guérilla des guerriers autochtones pour mener des raids efficaces. Cette période marque un moment d’intense coopération franco‑autochtone, dans un contexte où les Wabanakis défendent leurs territoires face à l’expansion anglaise. Les conseils de mars 1708 préparent ainsi les grandes offensives de l’année, dont plusieurs raids marquants contre les colonies anglaises.
1748:
La région andine de Huarochirí, au Pérou colonial, connaît une montée de tensions entre communautés quechuas et autorités espagnoles. Dans un contexte où la grande révolte de Juan Santos Atahualpa se poursuit dans la jungle centrale, les villages andins multiplient refus d’obéissance, escarmouches et protestations. Le principal motif de colère est le système de la mita, qui impose un travail forcé épuisant dans les mines et les chantiers coloniaux. Les abus des administrateurs, la pression fiscale et les violences quotidiennes nourrissent un mécontentement généralisé. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une insurrection unifiée, cette agitation marque une phase de résistance diffuse dans les Andes centrales, annonçant les grandes révoltes indigènes de la fin du XVIIIᵉ siècle.
1802 :
L’Indian Trade and Intercourse Act renforce le contrôle fédéral sur les relations entre les États‑Unis et les nations autochtones. Il impose des licences obligatoires pour commercer avec elles et interdit toute cession de terres qui ne passe pas par un traité officiel négocié par le gouvernement fédéral. La loi vise aussi à empêcher les colons de s’installer illégalement sur les territoires autochtones. Présenté comme un moyen de préserver la paix aux frontières, l’acte sert surtout à centraliser l’autorité fédérale et à limiter l’autonomie économique autochtone. Peu appliqué sur le terrain, il n’empêche pas les intrusions coloniales mais devient un pilier juridique de la politique indienne américaine jusqu’en 1834.
1814 :
Au lendemain de la bataille de Horseshoe Bend, les troupes du général Andrew Jackson poursuivent les survivants creeks « Red Sticks » et détruisent leurs dernières positions de résistance. La bataille de la veille a été l’une des plus meurtrières des guerres du Sud‑Est, avec plus de 800 guerriers creeks tués. Cette journée marque la fin effective de la guerre Creek, un conflit nourri par les tensions internes entre traditionalistes et factions pro‑américaines, mais aussi par la pression croissante des États‑Unis sur les terres autochtones. La défaite ouvre la voie au Traité de Fort Jackson (août 1814), qui impose aux Creeks la cession de plus de 80 000 km² de leurs territoires en Alabama et en Géorgie.
1836 :
A Washington D.C., les nations odawa et ojibwe du Michigan signent un traité majeur avec le gouvernement américain. Par cet accord, elles cèdent environ 13 millions d’acres de leurs territoires traditionnels, couvrant une grande partie du nord du Michigan et de la péninsule supérieure. En échange, les États‑Unis promettent des paiements, une assistance matérielle et la reconnaissance de droits de chasse, de pêche et de cueillette sur les terres cédées. Ces droits, essentiels à la subsistance des communautés, seront contestés pendant plus d’un siècle avant d’être réaffirmés par plusieurs décisions fédérales. Le traité de 1836 demeure aujourd’hui un texte fondateur dans les débats sur la souveraineté, les ressources naturelles et les droits autochtones dans la région des Grands Lacs.
1847 :
La péninsule du Yucatán est au bord de l’explosion : les communautés mayas, écrasées par le système des haciendas et l’endettement forcé, commencent à organiser des réseaux clandestins pour préparer une insurrection. Les autorités mexicaines intensifient la répression : saisies d’armes, arrestations de leaders mayas et surveillance accrue des villages. Ces mesures, loin d’apaiser la situation, renforcent la détermination des communautés à se coordonner et à résister. Les tensions de mars 1847 constituent ainsi l’un des déclencheurs immédiats de la Guerre des Castes, qui éclatera quelques mois plus tard et deviendra l’un des conflits les plus longs et les plus violents de l’histoire du Mexique.
1854 :
Près de Cieneguilla au Nouveau‑Mexique, une force de 200 à 300 guerriers Jicarilla, appuyés par des Utes, tend une embuscade à une compagnie de 60 dragons américains. Les soldats, mal renseignés et épuisés après une longue poursuite, sont pris dans un terrain escarpé où les guerriers autochtones dominent les hauteurs. Le combat dure plusieurs heures et tourne rapidement à la catastrophe pour l’armée américaine. Les dragons subissent de lourdes pertes (22 morts, 36 blessés) et doivent battre en retraite en abandonnant armes et chevaux. Cette victoire constitue l’un des succès militaires les plus marquants des Jicarilla dans les années 1850, en pleine résistance à l’expansion américaine. Elle entraîne une riposte rapide de l’armée, qui relance les opérations contre les Jicarilla quelques jours plus tard.
1867 :
Les États‑Unis signent avec la Russie le traité d’achat de l’Alaska, mettant fin à la présence russe dans la région. Pour les Aléoutes, les Tlingits et les Inupiat, ce transfert se fait sans consultation ni consentement, les faisant passer d’une domination coloniale à une autre. Le traité précise que les « tribus non civilisées » seront soumises aux lois que les États‑Unis décideront d’adopter, une formulation qui nie leur souveraineté ancestrale et leur statut politique. Ce changement de tutelle entraîne rapidement des tensions, notamment chez les Tlingits, qui contestent la légitimité du transfert. L’achat de 1867 ouvre ainsi une longue période de marginalisation juridique et territoriale, dont les effets marqueront durablement l’histoire des peuples autochtones d’Alaska.
* Photo : Parrum – Ute – 1899 – Rose and Hopkins – Library of Congress