Note : Beaucoup d’événements n’ont été pas enregistrés à une date très précise quand ils ne viennent pas de transmission orale. Certains autres se sont déroulés sur des périodes plus ou moins longues. La liste ci-dessous n’est bien sûr pas exhaustive.
1536 :
Cabeza de Vaca fait partie des quatre survivants de l’expédition Narváez, naufragée en 1528 près de Galveston, au Texas. Captifs puis voyageurs forcés, ils traversent pendant huit ans les territoires du sud-ouest nord-américain, vivant parmi de nombreuses nations autochtones. Devenus marchands et guérisseurs, ils acquièrent une connaissance intime des peuples rencontrés, qui les considèrent parfois comme des hommes sacrés. Leur marche les conduit à travers le Texas, les plaines et le nord du Mexique. Le 1er avril 1536, ils atteignent enfin San Miguel de Culiacán, en Nouvelle-Galice, retrouvant des Espagnols pour la première fois depuis des années. Cabeza de Vaca est frappé par la brutalité coloniale qu’il observe, en contraste avec les relations qu’il a nouées avec les autochtones. Son récit, La Relación, deviendra un témoignage unique sur ces sociétés et sur cette traversée exceptionnelle.
1621 :
Les Pèlerins de Plymouth et Massasoit, chef des Wampanoags, finalisent un traité de paix et d’assistance mutuelle. Cet accord survient alors que les colons sont affaiblis par l’hiver et que les Wampanoags cherchent des alliés face à leurs rivaux. Le pacte prévoit la non‑agression, l’aide en cas d’attaque et la résolution pacifique des conflits. Cette alliance permet à la colonie de Plymouth de survivre grâce au soutien autochtone. Toutefois, si elle inaugure une période de coopération, ses conséquences à long terme seront tragiques pour les Wampanoags, progressivement dépossédés de leurs terres et de leur autonomie.
1756 :
En pleine guerre de Sept Ans, le gouverneur de Pennsylvanie Robert Morris déclare officiellement la guerre aux nations Lenape (Delaware) et Shawnee. Cette décision intervient après des années de tensions liées à la perte des terres autochtones et à l’avancée coloniale. La proclamation marque une escalade majeure, car elle autorise désormais une guerre totale contre ces communautés. L’aspect le plus sombre de cette déclaration est l’instauration de primes pour les scalps, y compris ceux des femmes, ce qui encourage une violence indiscriminée.
1833 :
Début de la première Campagne du Désert, menée par le général Juan Manuel de Rosas pour étendre les terres d’élevage de Buenos Aires. Rosas lance une offensive coordonnée contre les Ranquels, Tehuelches et Mapuches, considérés comme un obstacle à l’expansion coloniale. Les troupes avancent en plusieurs colonnes, encerclant les communautés et détruisant leurs ressources. Cette campagne entraîne des massacres, des déplacements forcés et la capture de nombreux Autochtones. Elle ouvre la voie à la colonisation de la Pampa et de la Patagonie, au prix d’une profonde dévastation humaine et culturelle. Elle constitue l’un des épisodes les plus violents de la politique argentine envers les peuples autochtones.
1875 :
Un groupe de Cheyennes quitte l’agence gouvernementale pour se réfugier dans les collines au sud de la Canadian River, refusant la vie imposée par les autorités américaines. Le lieutenant-colonel T. H. Neill se lance à leur poursuite avec ses troupes. Rattrapés, les Cheyennes opposent une résistance farouche, et le combat se prolonge jusqu’au coucher du soleil. L’affrontement se solde par la mort de onze Autochtones, un lourd bilan pour un groupe déjà affaibli. Cet épisode s’inscrit dans la fin de la guerre de la Red River et dans la politique de confinement forcé des nations des Plaines. Il marque l’un des derniers actes de résistance cheyenne avant leur regroupement définitif dans les réserves.
1878 :
Lors d’une campagne contre des groupes des Plaines encore en mouvement, le lieutenant Lloyd M. Brett mène une opération visant à capturer un troupeau de poneys amérindiens. Cette tactique, couramment utilisée par l’armée américaine, vise à priver les groupes autochtones de mobilité, donc de chasse et de défense. L’action de Brett permet de s’emparer d’un nombre important de chevaux, affaiblissant durablement le groupe visé. Cette opération s’inscrit dans les efforts militaires pour contraindre les dernières bandes non‑réservées à se rendre. Bien que plusieurs épisodes similaires jalonnent sa carrière, cette action de 1878 est souvent mentionnée comme l’une des démonstrations de sa bravoure. Elle contribuera à la reconnaissance officielle qu’il recevra plus tard avec la Medal of Honor.
1880 :
Dans le Montana, le capitaine Eli Huggins et la troupe E du 2ᵉ Cavalerie surprennent un petit groupe lakota près de Fort Keogh. L’escarmouche est brève : cinq Lakotas sont capturés, ainsi que quarante‑six chevaux et plusieurs armes. Le même jour, plus au sud, le lieutenant John Coale et la troupe C affrontent d’autres Lakotas sur O’Fallon’s Creek, où un soldat américain est tué. Selon l’armée, certains de ces hommes auraient participé au vol de chevaux de scouts Crows quelques jours plus tôt. Pour leur rôle dans l’opération, le lieutenant Lloyd M. Brett et le capitaine Huggins reçoivent la Medal of Honor, récompensant leur « bravoure » dans la capture du troupeau et la dispersion du groupe autochtone.
1891 :
Le Bureau des Affaires Indiennes renforce le programme des Field Matrons, un dispositif destiné à accélérer l’assimilation culturelle dans les réserves. Ces femmes blanches sont chargées d’enseigner aux femmes autochtones les normes domestiques euro‑américaines, de la cuisine à l’hygiène en passant par la gestion du foyer. Leur action vise aussi à imposer un modèle familial patriarcal, en contradiction avec les structures matrilinéaires de nations comme les Hopi ou les Navajos. Ce programme cherche à transformer la vie quotidienne et à affaiblir les rôles traditionnels des femmes autochtones, considérées comme des piliers culturels. Il s’inscrit dans une politique plus large de contrôle social et d’effacement des pratiques autochtones.
1910 :
Le Brésil crée le Service de Protection des Indiens (SPI) sous l’impulsion de Cândido Rondon, d’origine bororo. L’organisme se veut d’abord humaniste, avec la devise « Mourir s’il le faut, tuer jamais », et vise à protéger les peuples autochtones des violences des colons. Rapidement, cependant, le SPI devient un instrument d’assimilation culturelle, cherchant à imposer des modes de vie occidentaux et à intégrer les peuples indigènes à la société nationale. Ses actions entraînent la perte de territoires, la transformation forcée des modes de vie et l’érosion des cultures autochtones. Miné par les abus, le SPI sera finalement remplacé par la FUNAI en 1967.
* Photo : Shot in the eye – 1898-1899 – extrait de la collection Voght det 11 lithographies en couleur basées sur des portraits monographiques originaux de délégués amérindiens photographiés par F.A. Rinehart, Adolph Muhr, Herman Heyn et James Matzen-
Smithsonian Institution